les differents types d'enrichissement

6. Enrichissement technologique

Enrichissement technologique : enrichissement lié aux technologies modernes (dispositifs audio-visuels, écrans tactiles, joy-stick games, etc.) et relevant de la catégorie des enrichissements cognitifs.

Dalila Bovet
A propos de l'enrichissement technologique

Qu'est-ce que l'enrichissement technologique ?

Il s'agit de tout type d'enrichissement faisant appel à la technologie moderne. Par exemple des émissions de sons (bruits de nature, cris d'animaux, musique etc.), d'images (fixes ou vidéos) propres à intéresser les singes (images d'eux-mêmes ou de leurs soigneurs en direct ou en différé, images de paysages, de congénères, d'autres animaux, d'humains). Les moyens technologiques permettent une certaine interactivité : ainsi, les singes peuvent éventuellement être autorisés à choisir le types de sons qu'ils souhaitent écouter ou le type d'images qu'ils souhaitent regarder (après à un entraînement à utiliser un ordinateur comme interface). Cet enrichissement présente donc l'avantage de permettre aux singes un certain contrôle sur leur environnement.

Des dispositifs plus interactifs sont également possibles, en particulier en utilisant des ordinateurs que les singes pourront contrôler grâce à un écran tactile ou à un joystick. Différents types de « jeux » sont alors envisageables, depuis les plus simples (toucher une cible sur l'écran), jusqu'aux plus sophistiqués (tâches de catégorisation, de mémorisation, relations abstraites, labyrinthes tridimensionnels, évaluation de nombres etc.) Des récompenses alimentaires peuvent être associées à la résolution des jeux, ce qui amène les singes, comme dans les conditions naturelles, à être actifs et à résoudre certains problèmes pour se procurer de la nourriture. Certaines de ces tâches peuvent, en plus de la stimulation qu'elles procurent aux singes, apporter de nouvelles données sur leurs capacités cognitives.

Evaluation des enrichissements

Il est bien sûr capital de s'assurer que les enrichissements mis à la disposition des singes atteignent bien leur but, à savoir une amélioration du bien-être des singes captifs. Sans cette précaution, les enrichissements risquent de ne servir à rien, voire de représenter un stress supplémentaire pour les singes. Il est donc nécessaire, lors de la mise en place en place de nouveaux enrichissements mais aussi sur le long terme, de réaliser des observations éthologiques afin d'étudier l'impact de ces enrichissements sur les singes. Ces observations porteront bien entendu sur les utilisations du dispositif d'enrichissement (comment est-il utilisé, par quels individus, combien de temps et à quels moments de la journée), mais également sur l'ensemble des comportements du groupe : des comparaisons doivent être réalisées en présence et en l'absence du dispositif afin d'étudier son impact plus général sur les individus et sur leurs relations sociales. Ainsi, il est souhaitable d'observer en présence du dispositif d'enrichissement une diminution des comportements dus à l'ennui (comportements autocentrés, stéréotypies, immobilité) avec une augmentation des comportements affiliatifs, de jeux etc. et une diminution des comportements agonistiques. S'il s'avère que ce n'est pas le cas (par exemple, baisse de l'utilisation du dispositif après un certain temps ou augmentation des comportements agonistiques dus à une compétition pour accéder à l'enrichissement), il faudra une fois le problème déterminé chercher des solutions pour le résoudre (modification du dispositif pour éviter la baisse d'intérêt une fois le dispositif connu, fournir les dispositifs d'enrichissement en nombre suffisant ou dans des espaces permettant de minimiser les risques de compétition).

Dalila Bovet
Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Laboratoire d'Ethologie et Cognition Comparées

Dalila Bovet est éthologue et primatologue, maître de conférences à l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense (Laboratoire d'Ethologie et Cognition Comparées). Ses thèmes de recherches sont liés à la cognition sociale chez les primates et les oiseaux. Elle a consacré son doctorat de neurosciences à l'étude comparée des capacités d'abstraction et de catégorisation chez les babouins et les enfants (« Capacités d'abstraction et de catégorisation : étude comparative chez le babouin et l'enfant » - sous la direction de Jacques Vauclair, CNRS de Marseille). Lors de son post-doctorat, elle a travaillé sur la question de la « Catégorisation de relations sociales chez le macaque et le chimpanzé », au Language Research Center à Atlanta (Etats-Unis). Elle a ensuite étudié le « Transfert intermodal vision-audition chez les mangabés », à la Station Biologique de Paimpont (CNRS). Elle a participé au projet de recherche « Origins of Referential Communication » financé par la Communauté Européenne dans le cadre du 6ème PCRD (Programme-Cadre Européen de Recherche et Développement), Nest PathFinder Initiative « What it means to be human ».