Chimpanzé utilisant un outil en bois pour casser des noix

Chimpanzé utilisant un outil en bois pour casser des noix – © Chris Herzfeld

Outil en bois tenu par un chimpanzé

Outil en bois tenu par un chimpanzé – © Chris Herzfeld

cultures primates

Dans les années 1980, certains primatologues expérimentés qui observent les chimpanzés dans leur milieu naturel (Bossou, Guinée ; Budongo, Ouganda ; Gombe, Tanzanie ; Kibale, Ouganda ; Mahale (groupe M), Tanzanie ; Mahale (groupe K), Tanzanie ; Taï, Côte d'Ivoire) ont réuni leurs données. Ils ont ainsi mis en évidence des différences de comportement d'un lieu à l'autre, différences qui ne peuvent pas s'expliquer par les conditions écologiques et environnementales. Ces études comparatives ont montré que ces groupes de chimpanzés possédaient des techniques, compétences, habitudes et « traditions », transmises d'une génération à l'autre de manière non génétique, et différentes d'une troupe à l'autre. Les scientifiques ont dénombré une quarantaine de comportements qu'ils qualifient de « culturels », parmi lesquels l'utilisation d'outils, le port de semelles végétales de protection, l'utilisation d'éponges végétales ou de plantes médicinales.

Plus tard, les chercheurs spécialistes des orangs-outans mettront également en évidence la création et l'utilisation d'outils, la réalisation et l'emploi d'instruments de confort, la transmission trans-générationnelle de diverses techniques, grâce à un examen commun de leurs données de terrain.

On a longtemps pensé que, contrairement aux chimpanzés et aux orangs-outans, les gorilles n'utilisaient pas d'outils. Des observations récentes démentent ce postulat. On a vu qu'une femelle du Nouabalè-Ndoki National Park (République Démocratique du Congo) se servait d'un bâton de sondage pour tester la profondeur de l'eau. Une autre femelle de la même espèce a été observée en train de placer une souche en bois, en guise de pont ou comme support pour pouvoir pêcher. Une étude a montré que des gorilles étaient capables de casser des noix de palme.

Tous les grands singes vivent dans le milieu forestier. Dans ce type d'environnement, les fibres sont des éléments essentiels et omniprésents : le végétal est fondamental dans la vie des grands singes en milieu naturel. Cet aspect fut longtemps sous-estimé. C'est l'industrie lithique des grands singes qui fut d'abord mise en avant, ainsi que l'usage d'outils, avec le cassage des noix à l'aide de pierres. Soulignons cependant que beaucoup d'autres éléments, notamment des « instruments de confort », sont décrits dans les articles consacrés aux cultures primates. Ces outils, instruments et autres objets sont majoritairement constitués de fibres.

Exemples d'outils et d'instruments de confort :

Bâton à pêcher termites ou fourmis (Fishing-sticks et Ant dipping sticks)
Branche feuillue utilisée comme éventail
Branche feuillue utilisée comme tapette à mouche ou contre les guêpes
Eponge végétale
Bâton-brosse
Brosse de feuilles
Brindilles à curer le nez
Feuilles destinées à nettoyer le corps
Poignée de feuilles utilisée pour se nettoyer le visage
Feuilles utilisées pour écraser des ecto-parasites
Bâton de sondage
Bâton pour se gratter
Coussin de feuille
Gant végétal utilisé pour manipuler des fruits épineux
Instrument d'auto-érotisation en fibre (bâton)

Chimpanzés : sur les 65 instruments et outils mis en évidence dans les premiers articles, 58 sont en fibre.

Orangs-outans : sur les 36 instruments et outils mis en évidence dans les premiers articles, 34 sont en fibre.

De notre point de vue, les grands singes seraient donc autant des utilisateurs de fibres que des utilisateurs d'outils. La manipulation de matières fibreuses, matériau mou et souple, est, de plus, liée à des techniques forestières sophistiquées, développées par les grands singes dans leur environnement naturel. Il existe également de nombreux exemples d'utilisation spontanée de fibres par les primates qui vivent dans les zoos.